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2.6.13

GOÛTER D'ANNIVERSAIRE IN EXCELSIS

La petite bougie a un goût bien particulier aujourd'hui. Le genre de bougie qu'on veut savourer longtemps avant de la souffler. Un an tout pile que j'ai décidé d'ouvrir le deuxième chapitre de ce blog qui n'a cessé de me faire grandir depuis 2006. Et quelle année ce fut.

2 juin 2012. Il me fallait trouver quelque chose pour arrêter de faire de l'écriture une source d'aigreurs dégueulasses au fur et à mesure des refus. Quelque chose pour arrêter de jouer à la petite putain maquillée au canon qui tortille ses phrases tordues devant des comités de lecture consternés. Et comme je devenais trop vieux pour continuer à me prendre au sérieux, j'ai opté pour ce qui serait une grande orgie d'éclate sans aucune barrière. Finis les faux-semblants, j'allais faire la seule chose dont j'étais capable, écrire des billets sauvages et déglingués sur ce qui me passait par la tête, à ma façon et sans rien chercher de plus. Une somme de tares exhibées sans avoir pris soin de boucler la ceinture. Et comme de juste, j'ai attiré plus de monde cette année que lors des douze précédentes. L'odeur de tripe bien fraîche attire la charogne...

Ouais, tout avait commencé en l'an 2000. Avec 10/10 aux deux yeux et donc aucune promesse de lunettes avant des décennies, je n'avais trouvé que l'écriture pour me donner des airs d'intello. Un vieux complexe maison, le cerveau. Et pendant douze ans mon seul souci fut d'en mettre plein la vue en me faisant passer pour un genre de savant fou avec son univers certes barré mais monté de toutes pièces. Je m'étais créé un personnage féru de Daniela Lumbroso, Julie Pietri ou encore Abba et je m'épuisais à mettre du déjanté, du décalé, du singulier à chaque phrase. J'étais si tristement convaincu d'être l'incarnation définitive du lambda que je me ruinais la santé à paraître le plus bizarre possible. Et ça sentait la chirurgie plastique de gros bourrin à plein nez.

Et il y a tout juste un an, j'ai pris conscience que je ne serais jamais Philippe Katerine mais plutôt un batteur de heavy metal mal rasé et engraissé de bouffe mexicaine matin midi et soir. Alors j'ai rendu tout ce qui ne m'appartenais pas, les accessoires d'intello original, marrant et élégant, pour garder ce qui était à moi, la cape tachée de graisse du gros bourrin. J'allais désormais me débrouiller pour faire avec. Je n'allais plus chercher ailleurs un peu de lumière à mettre sur moi, j'allais la fabriquer moi-même, avec les moyens du bord et un ampérage à quatre chiffres. Je prenais le risque de perdre les deux trois lecteurs qui m'étaient depuis longtemps fidèles, mais vient un moment où il faut choisir entre vivre seul ou mourir entouré.

Je me suis fait la main avec Keith Richards (on n'est pas si nombreux à pouvoir le prétendre) et la puissance de la défonce ne laissait aucun doute, j'avais trouvé le bon wagon, un wagon sans freins qui brinquebalait grand V sur des rails cabossés en laissant derrière lui des bruits de ferraille stridents. Quelque chose là-dedans sonnait le rock un peu brusque, sûrement parce que c'était mon premier texte écrit à l'instinct sans aucune intervention de quelque neurone que ce soit. Je transpirais le rock, suffisait de mettre les gouttes en police Arial sur le papier en exagérant à mort, il m'a fallu douze ans pour le comprendre.

Puis j'ai logiquement écrit une nouvelle rock pour un concours que je n'ai pas remporté mais qui m'a valu près de 3000 lecteurs à ce jour, pas pour flatter mon ego, mais plutôt pour voir si je ne rêvais pas, si j'avais réellement mis la main sur le tas d'or. Autant dire qu'il ne m'en fallait pas plus pour me débarrasser du putain d'ego et passer l'année à nager à poil dans les pépites, en y mettant assez d'atteinte aux bonnes mœurs pour attirer quelques férus de plastique brutale et de traviole. Car si j'ai réussi à garder les anciens lecteurs et parfois leur donner des sourires que je n'avais encore jamais vu sur leur visage, d'autres sont venus prendre leur ticket tout au long de l'année, de nouveaux passagers souvent surprenants, des beaux-pères à la coule, d'anciens patrons intimidants, des mecs dans un chiotte en Angleterre, et tout récemment le rédac' chef du magazine Gonzaï, comme une cerise moqueuse sur un gros gâteau dégoulinant d'ironie, car si j'ai passé des années à me donner de grands airs, c'était justement pour attirer l'œil de ce genre de types.

Ce fut donc une année riche, peut-être la plus riche de toute mon existence, avec ses leçons, ses coups de pied au cul et ses gifles lourdement baguées. En cherchant la reconnaissance douze ans durant, j'avais oublié qu'il fallait d'abord se reconnaître soi-même, mettre quelque chose sur le tapis et dire « voilà ». Il ne suffisait pas d'imiter mes idoles Hunter S. Thompson ou Lester Bangs, il fallait les bouffer, les digérer, et se démerder avec ce qui sortait en bout de chaîne.

Dans une époque de faux-semblants, se foutre à poil est la seule façon de ne pas crever. Et je suis passé tout près du cercueil. En apprenant à dire « c'est à prendre ou à laisser », je me suis aussi servi un sacré rabe d'espérance de vie. L'an deux promet d'être amusant, car je me suis mis en tête d'aller au bout de la logique et passer une bonne partie de cette deuxième année qui vient à écrire mon autobiographie, l'autobiographie d'un lambda qui l'est depuis que son père l'a giclé. Quitte à faire de l'exagération son fonds de commerce, autant étaler la marchandise jusque sur tous les trottoirs à trois kilomètres à la ronde...

That's all fucking folks...

7.7.12

IT SMELLS LIKE TWENTY YEARS SPIRIT

Elles sont quelques unes, des filles. Une poignée d'amazones entêtées qui se sont acharnées à percer ma carcasse de sauvagerie jusqu'à ne laisser qu'un pauvre corps nu. Frileux, ça arrive. De petites loupiotes excitées qui rendent la route un peu moins sombre. Elles méritaient bien un peu de lumière à leur tour. Je causerai de chacune d'elle, de temps en temps. Pour ce premier billet, honneur à la plus ancienne...

Ça commence quelque part en été 1992, du teen spirit en grand angle dans le décor, un petit village coincé dans l'Hérault, du ciel cramé de partout, de l'après-midi qui cogne sans gants, à même l'os... Deux ados, qui ne se connaissaient pas cinq minutes auparavant, causent tranquilles. J'aurais aimé avoir la photo de ce moment, pour voir à quoi ça ressemblait, et si ça se voyait sur mon visage qu'un truc un peu divin venait de me tomber dessus... L'un des deux ados, c'était moi. Un gringalet timide dont le seul nom faisait frémir d'effroi tout ce qui n'avait pas de pénis... L'autre ado, elle s'appelait Claire. Ouais, une fille. Juré. J'avais seize ans, j'aurais dû profiter du miracle, l'embrasser direct, par surprise, histoire de voir à quoi ça ressemblait, le goût des lèvres, une seconde, le temps de me prendre la mandale du siècle. On n'en aurait plus parlé, fin de l'histoire. J'ai préféré me connecter à elle. Bonne pioche, on en parle encore vingt ans après...

Du gringalet timide, il reste vingt ans plus tard un petit gros à la chevelure démentielle. Un truc qui n'existe pas dans les manuels. La timidité, elle aussi, a bien enflé, la foutue conne. La fille ? La même, en un peu mieux. On se croise encore, au hasard des chemins, l'air de rien. Bon n'oublions pas qu'elle croise un sombre héros de l'amer, un timide incurablement surcomplexé convaincu d'être l'œuvre de l'anus de Dieu, ça doit pas être facile pour elle. Et pourtant, vingt ans après, la revoilà, à quelques rues à peine en cette nuit accrochée à sa brise tiède.

Comment dire l'hommage ? Pourquoi cette enfoirée de retenue ? Combien d'années me faudra-t-il encore pour lui dire tout haut que l'homme qui écrit là maintenant n'aurait pas existé sans les mots qu'elle a pu prononcer en 92. Et quand, il y a quelques jours, elle me racontait quelques déboires, pourquoi ne me suis-je pas comporté en ami véritable, la prendre dans mes bras et juste lui dire à mon tour des mots sincères, mon affection pour une femme qui met de la lumière partout y compris dans les yeux de son propre enfant, une femme intelligente sans un brin de faux-semblant, une sainte rock and roll revendiquée contre les vents violents et des tas de marées orageuses... Simplement toutes ces choses qui font sa valeur à mes yeux. De l'inestimable. Pourquoi devrais-je avoir honte merde ? Pourquoi je peux pas lui dire au moins merci. Pour pas me comporter en débile sentimental, voilà. La belle affaire. Ouais tu préfères rester silencieux, t'as raison, continue. Sombre con.

Et le jour s'est levé depuis un paquet d'heures, ce billet qui n'était au départ qu'une tentative fébrile de rendre hommage à l'une de ces perles rares qui jalonnent mon chemin est devenu un épanchement incontrôlé... Il aurait pourtant suffi de lui dire qu'elle débordait de nature étincelante, que je prenais des pieds à peine racontables en essayant de suivre les grands 8 de sa cervelle, qu'elle avait le don de trouver le mot qu'il fallait, que je ne comprenais pas ce qu'elle pouvait foutre avec moi il y a vingt ans comme je ne le comprends toujours pas aujourd'hui. Trop fantastique pour moi. Trop sur une autre planète loin tout là-haut. Il aurait suffi de dire cette affection profonde et avouer que malgré mes silences je me sentais béni de quelque chose en sa présence. Heureux. J'arrive à faire l'effort de reconnaître ma chance, parfois, surtout quand on me la fout sous le nez vingt ans durant. Mes silences sont comme toujours des armes pour cacher mon insuffisance et ne pas perdre une amie tartinée d'or vif. J'ai envie de la voir tout le temps quand elle est dans le coin (le principe de l'amie chère qu'on voit une fois l'an), mais la savoir pas loin suffit à rendre le paysage un peu plus regardable. Et ne me demandez pas comment elle arrive à faire ça, j'en sais rien, ça me dépasse.

Toutes ces choses qu'on ne peut pas dire sans une bouteille de Jack dans le buffet, parce que oui c'est incongru. Si quelqu'un m'avouait ces choses là, j'aurais l'impression d'être en face de Mark David Chapman, et quelque chose me dit que ça ne m'évoquerait pas trop la sérénité. Mais les gens qui valent le coup sont rares, et j'en ai ma claque de taire mon amour pour eux. J'ai commencé par Claire, il y aura Caroline, Estelle, Laurence... plus tard, le temps de digérer. C'est avec les larmes aux yeux que je pense à elles, à leur amour, leur amitié, leur patience. A la force qu'elles me donnent pour traverser mes innombrables tempêtes. A leur acharnement naïf pour me faire comprendre qu'un truc brille fort en moi...

Et malgré mes colères, mes déchirures et les violences que je m'inflige, je continuerai à avancer pour essayer de leur donner raison, avant de tomber raide. Plus tard. Rien ne presse.

That's all fucking folks...

2.6.12

NOTHING IN LA LUMIÈRE SAGE

Notes maladroites sur un envol heureusement foiré & la parole démente gicle enfin de sa propre cendre


J'ai bien failli y rester. Il s'en est fallu d'un rien que je me laisse emporter la dinguerie brouillonne quelque part dans le tourbillon vorace d'un ciel aguicheur. Attiré par les chants de sirènes hallucinées vers un endroit aussi bandant que de l'Eden édulcoré. Une perte de contrôle à grande échelle et sur de trop longues distances. Une perte tout court, totale, les freins pas mal cramés.

Comme souvent dans ce genre de chute, on se rend compte qu'on tombe seulement lors de l'accélération, pas au moment précis où ça trébuche, non, mais bien après les 150 premiers km/h. Je ne me souviens donc pas à quel moment j'ai perdu ce foutu contrôle, je me souviens juste de l'instant où j'ai compris que j'étais en train de filer avide vers des promesses foireuses.

Tout le merdier s'est emballé lorsque j'ai décidé d'être convaincu que j'étais habité d'un semblant de feu sacré. Putain, mes phrases étaient de plus en plus souvent de vrais bijoux, de vraies prouesses d'écriture énervée, et oui j'ai décidé que j'avais le « truc », presque le « it » de Kerouac et Cassady. Je me gourais bien évidemment, les choses sont jamais si simples, mais pour un type convaincu d'être un tas de boue avec des jambes, la chose avait de quoi chambouler certaines routines de l'encéphale. C'était comme donner une belle fleur à un boucher et lui dire « vas-y j'te regarde ».

Ces derniers mois furent donc une course effrénée vers le pire. Primo, j'ai identifié les quelques rares clampins du « milieu » susceptibles d'entendre les échos de la démente parole maison. C'était déjà bien présomptueux, mais pourquoi s'arrêter en si mauvais chemin ? J'ai lu les machins qu'ils éditaient et je vous laisse juger de ma réaction : ça va être presque trop facile de se faire publier par ces gens-là, même le plus mauvais de mes textes enterre en deux coups de pelle rouillée toutes ces pages tellement creuses qu'elles en filent le vertige... Je leur ai quand même donné un échantillon du meilleur, persuadé de leur distribuer de l'or massif à l'œil. Grossière erreur : on n'appâte pas les apôtres de la laine vierge avec des pépites ardentes aux bords tranchants.

Car je me suis fait gentiment éconduire. Toujours la même rengaine, pas assez ceci, trop cela. Nulle part à sa place. J'ai la voix, la musique, le rythme et toute une chiée de bonne came bien déglingue en magasin. Mais je n'ai pas le label adéquat, ni assez bobo, ni assez décalé, ni assez dark, ni assez drôle, ni assez d'histoires sur des sushis qui partent en colo, ni assez de passages au Grand Journal, ni assez de copains qui adoubent, ni assez malléable, ni assez dans le vent, ni assez loin dans la marge, ni des j'en passe... Nulle part à sa place. Un vagabond téméraire trop cinglé pour arriver à destination, et trop seul pour s'arrêter en route.

J'ai donc bien failli y rester, et le taré de Jésus m'en sois témoin, j'ai même créé un blog pour apprendre à écrire comme eux tous, avec des histoires bien molles. Mais je n'ai pas passé dix ans de galère à me dégotter du calibre un peu tordu pour me faire chier à leur donner du bien propre. Voilà, je m'étais réveillé. Tard, abîmé, mais réparable. Et le remède, je l'avais dans la pharmacie, Nothing in Excelsis, ça s'appelait.

Me voici donc en ce soir de juin dégouttant de moiteur écrasante, comme aux bons vieux temps presque oubliés. Avec l'ami Jack que je n'avais jamais touché durant mon voyage vers les Cieux, la bonne vieille Camel aux lèvres et des volutes à même les paupières. L'ambiance est à la brûlure, plus besoin de l'air trop pur du Ciel, on peut tutoyer des tas de sacrées cimes en rampant dans la bonne vieille cendre. Ceux qui ont suivi des bouts de l'aventure première du nom sauront ce qu'il va se passer ici. Les trucs que j'ai envie de raconter, souvent les mêmes choses, quand et comment j'en ai envie, toujours avec ces tirades démentes à rallonge, ces machins bancals à droite à gauche, bref tout le foutoir extravagant maison.

Nothing in Excelsis, mon seul havre, est à nouveau sur les rails, prêt à dérailler dans tous les sens aussi souvent que nécessaire, et moi avec. Puis je saurai désormais quoi répondre à ceux qui m'interrogeront sur la signification de ce titre : j'ai été traîner dans l'Excelsis, et c'est franchement vide comme endroit. C'est à se demander pourquoi on y a foutu un soleil, là-haut.

That's all fucking folks...