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10.4.13

COUPURE EDF AU PAYS DES LUMIERES

Accès de colère débridée au milieu des ratonnades d'homos & la France commence à suffoquer dans sa propre bile.


Ça commence à sentir les relents de guerre civile dans le pays, des extrémistes religieux prennent les battes, le régime est un poil emmerdé par l'affaire et se demande s'il ne va pas finir par vaciller, les cerveaux de l'opération ont même baptisé le truc « printemps français » en référence au printemps arabe de 2011. On va investir la rue et pas pour cueillir des pâquerettes, l'heure est trop grave pour aller buller à la Flower Power, les puissants nous mettent le nez dans la fécale, la bande à Natixis fait des brasses dans notre pognon, les dirigeants politiques ferment plus ou moins les yeux... Nos ancêtres ont pris la Bastille, on ne va pas reculer devant une paire de banques ou de ministères, merde...

Sauf que dans un pays de trouillards, les canailles ont le fist à l'aise et nous l'enfoncent à loisir, les doigts de pied en éventail avec ça. Dans un pays de faux-derches, personne ne fait jamais face à quiconque peut dégainer quelque chose à tout moment. Les vrais bandits pourront bien voir défiler tous les printemps qu'on leur foutra sous le nez, c'est l'été pour encore un bon bout de temps en ce qui les concerne. Plus de deux cents ans après, notre conception de la Révolution a pris du plomb dans la testo, et notre Grand Soir, accrochez-vous, se résumera à empêcher deux lesbiennes d'entrer en blanc dans une mairie.

De bons français dûment biberonnés à l'Adolf se sont donc mis en tête de ratonner la pédale jusqu'à la dernière pour sauver le pays du cataclysme. Des Ku Klux à visage découvert qui préfèrent léguer à leurs enfants un monde de crève-la-dalle pourvu que tout marche au pas de l'enflure de Dieu. Toute la dégueulasserie profonde d'un pays résumée dans un cortège malsain aux allures de reich, un pays qui ne se soulève pas pour défendre son bifteck mais pour empêcher son voisin d'en avoir un dans l'assiette. Que ce soit clair, un français digne de ce nom se laissera volontiers emmancher jusqu'au diaphragme s'il sait que le voisin, lui, se fait emmancher jusqu'aux amygdales. Une fois qu'on a compris ça, tout ce qui se trame dans le pays devient plus limpide.

Suis-je le seul à trouver tout ça un brin grandiloquent, ces défilés, ces enfants d'hétéros catéchisés à la dure envoyés en première ligne se faire gazer au poivre, ces crânes rasés brandissant des croix, ces lynchages de gays, ces gens qui harcèlent François Hollande partout où il passe ? Suis-je le seul à croire que ça fait peut-être beaucoup pour un simple ajustement administratif ? Suis-je vraiment le seul à m'étonner qu'on n'ait rien d'autre à foutre à quelques mois de se retrouver à passer la nuit sur des cartons ? Bien loin du siècle des Lumières, nous resterons dans l'Histoire comme le siècle de la coupure EDF... Une génération de peureux étriqués enfermés à double tour chez Pernaut et menacés d'extinction s'ils devaient vivre hors du 13 heures. Une horde de paniqués qui ne carburent qu'au temps de cerveau disponible et à ce qu'on veut bien consentir à leur mettre dedans. En cachant bien que pas mal d'entre eux ont déjà giclé devant la scène lesbienne d'un porno...

Certains sont même persuadés qu'un homo est un être psychologiquement tordu de nature, pour en avoir croisé au bureau... Soit. Alors ai-je le droit d'affirmer que les hétéros devraient être parqués en chambres d'HP parce que j'ai croisé un couple de fétichistes dont la femme marchait à quatre pattes avec une fausse queue de clébard enfoncée à même le derche ?

Oui, cette histoire de mariage pour tous est bien le symbole d'un détraquage en règle de la société : nous avons choisi d'ignorer la guerre que le pour-cent de blindés nous a déclaré(e)(putain d'auxiliaire avoir). Sur le champ de bataille, nous avons décidé de nous entretuer pour éviter de se faire dessouder aux armes lourdes déjà pointées vers nous. C'est exactement ce qui est en train de se passer, on se cherche de l'ennemi facile à portée de crachat pour échapper aux corps-à-corps avec les mastards d'en face. A gaspiller de l'énergie pour se regarder de travers, on ne remarque même plus les détrousseurs qui nous font les poches jusqu'à la dernière pièce de 2 centimes. On faisait déjà fausse route, on s'est mis à rouler à contresens à toute berzingue.

Moi, les gens qui flippent à mort devant un truc inoffensif, un truc ni nocif ni contagieux, un truc qui ne va même pas leur filer un quart de rhume, j'appelle ça des tarlouzes.

That's all fucking folks...

8.1.13

IVRESSE ET RUINE CHEZ SAINT-SYLVESTRE

L'année 2012 s'est terminée comme un état des lieux féroce du tas d'excréments qui pave le pays. De petites chiures un peu partout pour bien nous faire comprendre que la panade ne s'est pas cantonnée au portefeuille. Loin s'en faut. Si on ne l'avait pas encore compris, ça y est, nous sommes officiellement de la bonne arthrose tenace qui va gripper quelques rouages de la machine déjà bien avariée, pour un bon moment, je le crains. Non contents de se faire empaler par toutes les couleuvres qui passent, on s'est mis à en chercher de nouvelles bien fraîches, sans même attendre qu'on nous écartèle le sphincter.

La grosse affaire de cette fin décembre fut bien sûr la fuite de ce tonneau couperosé de Depardieu en Belgique, histoire de mettre à profit une notoriété bien surfaite pour échapper à l'effort collectif. Mais à la limite, puisqu'il est libre d'avoir le choix, qu'il se casse s'il déniche un coin plus accueillant et essaie d'en garder un peu dans le bas de laine. Il ira même peut-être jusqu'à se lécher les babines et dans cette éventualité je préfère le savoir loin de chez moi, de toute façon. Seulement, quand la droite sera revenue aux manettes et que Gégé se présentera à la frontière, qu'on fasse au moins semblant de plaider à charge son « amour de la patrie », comme on le ferait pour le sénégalais juste derrière lui dans la file d'attente.

Ce qui sent mauvais, par contre, c'est la vague de soutiens qui a déferlé parmi les petites traînées à la Jean-François Copé qui proclamaient il n'y a pas si longtemps « la France tu l'aimes ou tu la quittes ». M'enfin Depardieu boit du pinard et ne s'appelle pas Rachid, j'imagine que ça doit rendre les choses plus faciles... Pauvre Torreton qui s'est fait rétamer dans tous les sens par toute une clique de collabos surpayés après avoir eu le toupet d'émettre une vague indignation. Et comme d'habitude le clampin gaulois s'est tristement rangé du côté de ceux qu'il voit le plus souvent à la télé, du côté de la balance qui penche.

Le plus dérangeant, c'est qu'on semble accepter de se faire mettre le groin toujours plus profond dans la bonne mouise mijotée aux petits oignons par Natixis & co, alors que les enfouraillés qui pourraient accélérer le processus de sortie de crise refusent de lâcher un peu de caillasse pendant six mois. Et bien entendu, dans le même temps, on risque la prison pour télécharger illégalement les œuvres de ces truies suralimentées et les priver d'un pourcentage infime de leurs droits d'auteur ou de je ne sais pas quoi... Mais on accepte en disant merci poliment, alors est-ce qu'on ne mérite pas finalement de finir cradingues sur un des cartons qu'on nous réserve quelque part dans une rue sordide ?

Aux dernières nouvelles, Depardieu a reçu un passeport russe, la situation aurait presque ressemblé à du glauque ridicule si le glauque ridicule n'avait pas été atteint par les putains à cinq euros du journalisme que sont les potiches d'Itélé, qui ont conclu que le choix de Gégé était un choix du cœur puisqu'il avait joué Raspoutine dans une daube de Josée Dayan et avait réussi à finir un Dostoievski. Qu'il est loin le temps où Yannick Noah avait failli être déchu de sa nationalité française pour avoir prétendu qu'il quitterait le pays en cas d'arrivée de Sarkozy à la présidence, en 2007.

On aurait pu se rabattre sur quelques réjouissances bienvenues au beau milieu de cette foutaise déprimante, se la fendre un bon coup pour oublier un temps le tas d'ordures à la porte, se donner un peu l'impression d'être encore vivant sans même avoir besoin de s'endetter sur dix ans. C'est le moment qu'a choisi très habilement Jamel Debbouze pour venir essayer d'arracher quelques rires du plus profond de notre sclérose. Et même s'il ne peut pas faire rire tout le monde, il évoque au moins Melissa Theuriau par association d'idées, c'est de toute façon déjà ça de gagné. Ça ressemblait à une bonne idée jusqu'à ce qu'il franchisse la ligne jaune en se moquant un peu du physique des habitants de Montbéliard. C'est tout, il lui a suffi de dire « c'que vous êtes moches ici » pour se faire secouer la barbaque comme un Dieudonné coupé au Bachar Al-Assad. C'est devenu une « affaire », le maire de Montbéliard, un genre de Bayrou mais le charisme et l'envergure en moins, a mis sa plus belle écharpe pour venir chialer devant les caméras, les habitants de la ville eux-mêmes (pour la plupart intolérablement disgracieux de leur personne) ont semble-t-il vécu le truc comme une annexion prussienne, et c'est monté en assez haut lieu pour contraindre l'humoriste aux excuses d'un petit garnement chopé en plein vol de Tagada. Et comme de juste, tout le traitement de l'affaire par les médias était en fait une vaste moquerie à peine déguisée qui est, elle, passée comme une lettre à la poste et gardez la monnaie, car dans une société régie par l'apparence, la fierté est aussi bien en point qu'une roumaine tartinée de lèpre à un feu rouge.

Ce qu'a laissé cette fin d'année, c'est l'arrière-goût rance de tout un tas d'armes déposées aux pieds de l'ennemi, la capitulation soudaine et docile du lambda face aux gavés de lingots ou de grandeur. Nous n'avons même plus besoin d'être traînés de force, on suit la flèche sans poser de question, trop heureux d'être épargnés par la soif de ruine qui les déchaîne, tout là-haut. Il suffirait pourtant de ne plus penser au lendemain, de se marrer dès que l'occase se présente, de dire maintenant allez bien copieusement vous faire mettre, on va s'amuser quoi qu'on puisse nous réserver comme belles branlées, et petit à petit, peut-être, les charognes avides de chaque bout d'air qu'on respire perdront leur sang-froid et commenceront alors à empiler les faux-pas.

2013 promet d'être rude et bancale (comme ce billet qui frôle la bonne vieille Mélanchonne), c'est le moment de sortir faire la bringue tous les soirs jusqu'à prendre du coma au dessert, arrêter de croire aux urnes définitivement pour foncer dans le tas à 6 grammes à l'heure en hurlant comme des bêtes enragées. A l'agressivité du camp d'en face répondons par d'immenses orgies de dégénérés notoires qui feront passer les hippies des années 60 pour des bonnes sœurs craintives retranchées derrière trois couches de ceintures de chasteté. Et tôt ou tard, si on s'y prend comme il faut, le vacarme de notre ivresse ira péter en AVC dans le cerveau de ceux qui prétendent nous tenir au bout d'une laisse à nœud coulant. Qu'ils n'oublient pas : l'homme ivre est le seul mammifère immunisé contre la peur et la couardise. Na zdorovje...

That's all fucking folks...

20.12.12

RUINE ET PUANTEUR A SYDNEY

 

- DEUXIEME PARTIE - 

 

La fin du monde venait de tirer sa première balle et le sifflement du projectile ressemblait déjà au cri d'un serpent devenu fou. Et ça nous a collé une telle bouche putain de bée que le premier réflexe a été de se convaincre que ça n'avait rien à voir avec le canular téléphonique. Et quitte à ne pas savoir, autant garder sa trouille au chaud pour la grande sauterie du 21. C'est qu'on veut tous une fin du monde qui fasse film catastrophe avec effets spéciaux à volonté, explosions paniquées dans tous les sens et scène de baise avant le grand saut, mais surtout pas quelque chose qui sonne trop brutalement réel.

Que le merdier puisse venir d'une pintade pile à sa place dans l'époque et assise bien docilement devant un défilé de mojitos, qu'un nabot à belle gueule et vêtements slim soit à l'origine d'un chaos quel qu'il puisse être, seul un dingue défoncé à l'Asperger serait capable de se le farcir avec une certaine sérénité. Et nous voici l'œil vide, incapables de savoir quelle posture adopter face à cet imprévu. Parce que c'est trop démesurément imprévu justement, qu'on pourra tourner le truc dans tous les sens possibles, rien n'aurait pu nous préparer à ça, un monde en carafe à cause d'une simple blague de CE1 grassement rémunérée à l'autre bout de la planète.

Les grincheux de l'optimisme à toute épreuve et les anars falsifiés vont vraisemblablement la ramener avec leur concept du rire de tout et toutes les conneries du genre, et ils auraient presque eu raison si des humoristes n'étaient pas aujourd'hui contraints de jouer dans des foutus bus parce qu'ils rient de ce qu'il ne faut surtout pas écorcher... Cette histoire résume bien ce que nous sommes devenus, l'adage « on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui » est devenu « on peut rire de n'importe qui s'il n'est pas grand-chose », et dans un monde où le politiquement correct à outrance ressemble à quelque chose comme un début de rigidité cadavérique, cette tendance à aller tourner en ridicule les désarmés et les rien-du-tout, en vogue chez tous les Willy Rovelli de mes deux, sonne comme le dernier spasme nerveux d'un tas de chair amochée déjà sans vie.

Et voici qu'on apprend que l'infirmière s'est suicidée par pendaison, quelque part dans un cagibi de l'hôpital, et on pourra dire qu'elle a un poil surjoué le manque d'humour et ce que vous voulez, ça ne change à peu près rien au problème. C'était juste une proie facile qu'on a sacrifié sur l'autel bien dégueu du buzz et tant pis pour elle si elle n'a rien compris, tant pis pour elle si elle n'avait pas les ficelles adéquates au fond d'une poche, tant pis pour elle si elle se baladait pas avec un micro devant la bouche et une antenne au-dessus de la tête pour émettre sa défense.

Il va maintenant falloir surveiller ce qui se passe, comment vont tourner les choses, de quel côté le vent va charrier toute sa cargaison d'odeurs de pourri. Et il va falloir l'accepter comme tel. Ça risque d'être duraille à encaisser et la plupart d'entre nous va certainement balayer les rognures d'un revers de main nonchalant, histoire de ne pas trop laisser de bouts de carapace en route. Des guirlandes de petits diablotins féroces vont se précipiter pour court-circuiter nos consciences, nous convaincre qu'on se fait du mouron pour rien. Et merde après tout le grand bordel à venir ne peut pas se résumer à ça. C'est qu'on a eu vite fait de confondre « fin » et « on va tous crever sous les bombes » et probablement qu'on a trop biberonné au Spielberg aussi. Ce qui est sûr, c'est qu'on avait cherché ailleurs, et ça nous arrive à grand V dans l'angle mort.

A l'heure où j'écris ces lignes, les deux clowns sont provisoirement suspendus d'antenne et ça ressemble à l'œil bien crade d'un cyclone qui refoule. La radio 2Day FM a mis pas mal de temps à débander de son « plus gros canular de l'histoire » mais le grand final est à venir et les vents vont dégainer de la rafale costaud. Et ce qu'on nous réserve dans le Kinder Surprise risque bien de nous exploser à la gueule en ouvrant la coquille. Ce qui va se passer à Sydney va changer le monde, et en fait il ne peut pas se passer grand-chose. Il n'y a pas trente-six solutions à l'équation et même les plus hermétiques à la cochonnerie mathématique vont pour une fois entraver quelque chose. Parce que le « x » du merdier va nous être enfoncé bien rouge dans le crâne. Et malheur à ceux qui feindront n'avoir rien remarqué.

Si l'homme a gardé un semblant de conscience dans un coin pour les vieux jours, alors les deux animateurs choisiront de se casser loin de tout ce qui ressemble à un média, et les malheureux ne se déferont jamais vraiment du boulet qui se trainera à leurs chevilles, peut-être même que la simple vision d'un téléphone les plongera dans des tourments à peine envisageables et ils sont pas sortis de l'auberge. La fin du monde sera surtout la leur, le monde ne tournera plus jamais rond pour eux et se mettra à tourner autour du soleil comme des montagnes russes instables et grinçantes. Mais si les choses se déroulent selon ce plan, l'onde de choc va raser toute l'espèce de toute façon déjà rance des chroniqueurs de merde, car après le sort réservé à l'infirmière qui va oser aller déblatérer sur les sans défense, la matière première de ces avortons sans envergure ? Et on comprendra que le monde a bien changé quand on va trouver un truc encore pire à mettre à la place pour continuer à vous faire marrer en flattant vos détestables instincts au passage...

Mais au contraire, et j'en ai bien peur, plus probablement, on va nous laisser oublier un peu le deuil ambiant et remettre tout ce petit monde en selle, d'abord discretos afin de ne pas éveiller les soupçons, puis plus franchement et peut-être même avec un petit podcast qu'on fera tourner là où il faut pour que ça prenne. Le mode opératoire classique, on nous détend les sphincters avec de la repentance retouchée à la PAO pour faire plus vrai puis on y fout l'équivalent de trente ans de BTP sans même nous tirer un rictus d'inconfort. Si on peut faire comme si de rien n'était après cette fâcheuse histoire, si on peut remonter le cirque à l'identique avec tous les papiers en règle, si on ne voit aucun inconvénient à recommencer à abîmer ceux qui n'ont rien demandé, on pourra vraiment parler de fin du monde.

Ironie du sort, les mayas auront eu raison si les choses ne changent pas, car si tout reprend sa place, ça signifiera qu'on peut désormais tuer pour faire le buzz, et inutile de vous faire un dessin, les choses vont franchement empirer au-delà du concevable et ce sera à qui mord le plus fort. On n'était en définitive pas loin de la vérité, la vie va vraiment s'éteindre, nous serons certes toujours vivants, sauf que notre vie n'aura plus aucune valeur. Mais on vous a martelé toutes ces dernières semaines que vous risquiez d'être des cadavres le 22 décembre, vous êtes peut-être déjà en train de vider les comptes et vous envoyer en l'air avec votre belle-sœur. Votre « ouf » de soulagement après avoir été finalement épargnés retentira comme le dernier coup de tampon sur le formulaire d'autorisation du Nouveau Monde. Dans les livres d'Histoire qu'on potassera dans mille ans, on s'appellera Christophe « Côlon ».

That's all fucking folks...

11.12.12

RUINE ET PUANTEUR A SYDNEY

Chronique sauvage & déglinguée d'une mauvaise farce maya

 

- PREMIERE PARTIE -


Des soubresauts de fin du monde à la sauce maya de mes deux commencent à se la dégourdir et si l'on peut se fier à ces premières vagues timides d'apocalypse, la grande partouze du 21 décembre s'annonce plutôt douloureuse. Il n'y aura bien entendu aucun risque pour nos vies, qu'on se rassure, mais quand on se réveillera le 22, finalement épargnés, on ne mettra pas longtemps à regretter de faire partie de la distribution, et le générique de fin promet de défiler lentement. L'aiguille à séisme vient donc de se mettre à convulser, et ça se passe logiquement à Sydney. La première ville qui nous fout la démesure de son feu d'artifice de Nouvel An sous le nez, chaque année, se devait de servir le hors-d'œuvre de la fin du monde programmée.

Jusqu'ici, cette histoire à la Paco Rabanne rongé de l'intérieur par des bestioles raëliennes enragées n'était pour moi qu'une diversion imaginée de toutes pièces dans une salle de conférence pleine de maîtres du monde en costard bien repassé, une tentative grossière de faire croire à sept milliards de naïfs avérés que si la Terre se déglingue dans un semblant de cataclysme, c'est parce qu'une bande de péruviens probablement déchirés au peyotl l'aura écrit quelque part. Et c'est tellement gros qu'on va tous jeter des coups d'œil paniqués vers le ciel toute la journée du 21, et vous allez bien me faire marrer. Mais qui a prétendu que le merdier débarquerait de là-haut, d'abord ? On oublie trop vite que le truc doit incuber dans un foyer de carences en neurones depuis la privatisation de TF1, c'est en tout cas plus probable dit comme ça.

Pour ma part, j'avais complètement oublié qu'il allait se passer quelque chose le 21 décembre prochain, en grande partie parce qu'il suffit de se baisser pour ramasser des fins du monde en veux-tu en voilà. Les cheptels à gros cul qui se trémoussent en appelant ça Zumba pour éviter de dire « régime de la dernière chance en écoutant des groupes cubains à 110 BPM », ça avait déjà comme un parfum de déclin sévère à mes narines. Alors qu'on vienne me demander de rajouter un truc sur la liste déjà longue des machins qui se barrent en couille, en me disant que c'est prévu depuis des siècles (mais qu'on vient de s'en rendre compte, comme de juste), j'ai dit oui poliment pour qu'on me foute la paix. Et direction poubelle.

Bien sûr j'attends avec impatience la date fatidique pour m'offrir une bonne séance de voyeurisme au beau milieu du troupeau. C'est qu'il va falloir se les coltiner les grands pontes de la théorie facile, les professeurs en tout genre qui vont traquer la moindre petite bête sans relâche pendant 24 heures et venir nous expliquer en quoi le monde a bel et bien changé du tout au tout. Ils seront nombreux, une armée nourrie de stress intense qui n'est pas prête à accepter qu'une vieille prophétie puisse être un tissu d'âneries sans précédent, et qui n'a même pas envisagé qu'aujourd'hui on peut tout à fait fabriquer de fausses tables de la loi avec une bonne connaissance de Photoshop et quelques rudiments de géologie pour choisir la bonne caillasse qui ferait vintage.

Ce qui est fascinant dans tout ça, mais aussi foutrement désespérant, c'est la virtuosité avec laquelle on nous agite de toujours plus grossières marionnettes sous le nez pour nous faire regarder ailleurs pendant que la clique aux manettes pille tout ce qu'il y a piller. Et ça marche comme sur des roulettes bien huilées avec contrôle technique à jour. Des spots de pubs commencent même à nous dire de lâcher la thune pendant qu'il en est encore temps, sans déconner. Suffit de présenter le festin et on avale tout comme des goinfres inoculés au Creutzfeldt-Jakob avant d'aller dégobiller nos tripes les uns sur les autres. Nous resterons dans l'histoire comme une génération d'oies gavées et regavées et qui en redemandent tant qu'il y en a dans l'assiette (tout en écoutant Tryo ou l'autre espingouine de contrebande de Chao comme la dose d'aspartame nécessaire pour avoir la conscience tranquille).

Il me semblait important d'essayer de vous ouvrir les yeux pendant trois plombes avant de vous annoncer que j'ai faux sur toute la ligne. Zéro pointé, note éliminatoire. Le monde va bel et bien muter aux alentours du 21.

Ça démarre donc à Sydney parce qu'il fait beau à cette époque de l'année là-bas, et un scénario catastrophe débute toujours par de belles images paisibles, c'est comme ça que ça marche. Ça dégénère en général assez vite... L'épicentre de la fin du monde a choisi d'aller crécher dans les studios de la radio 2Day FM, et la première vague du tsunami n'a mis que quelques jours pour atteindre l'Angleterre.

Bien avant ça, une rumeur enflait doucement dans le Royaume. Kate Middleton, épouse du Prince William et duchesse de je ne sais plus trop quoi, se serait faite engrosser par l'autre premier de la classe et son curriculum à rendre suicidaire un indiscipliné carabiné comme moi. Et ça a commencé à faire un barouf de dingue chez Mamie Babeth, sans que je comprenne trop pourquoi... Le Prince aurait juté c'est ça ? Une éjac faciale qui serait partie de traviole ? Rien de grave pourtant, ils se sont mariés merde, ils peuvent bien se mettre ce qu'ils veulent dans le cul tant que ça leur chante, ils le font désormais dans les règles dictées par l'autre vieille pétasse de Dieu. Quoi qu'il en soit ça mettait tout le monde sens dessus dessous. Enfin depuis mon séjour récent chez eux, j'ai bien compris que les Anglais étaient une bande de détraqués notoires, inutile d'attendre quelque chose un brin sensé de leur part. Ces gens-là roulent à gauche sur des routes à une voie ET à double sens, faudrait pas l'oublier.

Comme si ça ne suffisait déjà pas, la rumeur s'est offert une petite séance de gonflette avec l'admission de Kate Middleton au King Edward VII hospital de Londres, et la nouvelle s'est bien évidemment propagée jusqu'en Australie, cet appendice bâtard du Royaume jeté le plus loin possible des côtes britanniques. Personne ne l'a remarqué alors, mais la fin du monde, c'est à ce moment précis qu'elle a commencé à germer. Pour être tout à fait exact, on va constater qu'elle germait depuis déjà bien longtemps, disons qu'elle a commencé à mettre en branle sa pourriture de fruit.

Quand les choses deviennent sérieuses, la miséricorde trinque mais quelque chose de rudasse. Plus de pitié qui tienne. Et nous y sommes, juste après la frontière du non-retour, un jour de début décembre dans les studios de 2Day FM, une radio de Sydney qui n'est peut-être que la radio locale de Palavas-les-Flots du coin. Deux animateurs attendent le rouge antenne en enfilant leur costume de jeune hilarant. C'est que ces deux-là ressemblent trait pour trait à toute cette nouvelle race de chroniqueurs abêtis jusqu'à la corde qui pullulent dans les émissions télé, et dont la seule aptitude consiste à parler à toute berzingue pour ne pas laisser le temps à quiconque de mesurer l'étendue de la casse vasculo-cérébrale. Il suffit de regarder leur trogne ci-dessus pour les voir suinter le Yann Barthes.

Et qui dit chroniqueurs dit équipe de chroniqueurs et dit aussi tout un tas de faire-valoir rémunérés à la pige dans les coulisses. Et quand on met autant de « degrés zéro » dans une même pièce on obtient un zéro aussi vaste qu'un cratère lunaire. Comme toujours quand on permet aux glands finis de l'ouvrir, ils tirent d'abord et ne se posent pas de questions ensuite. C'est exactement ce qui s'est passé ce matin-là. Une idée creuse surgissant des vannes faciles sur les blondes et des gloussements ininterrompus de rigueur dans ce milieu. L'arme ultime de l'animateur payé à sourire et à faire rire des gens payés pour ça : la blague potache qu'un gosse de six mois pourrait faire, non sans déguiser la chose comme une pure manifestation de génie. Kate Middleton est à l'hosto, LOL, on n'a qu'à appeler l'hosto t'imagines si quelqu'un répond le délire de sa mère la race de sa grand-mère MDR. Fin de citation.

Ils ont donc appelé l'hôpital en se faisant passer pour quelque ruine incontinente de la couronne, et une infirmière certainement émue d'avoir la famille royale au bout du fil n'a pas eu la présence d'esprit de filtrer. Le barrage passé, on leur a donné des nouvelles de la duchesse sans se méfier plus que ça. Enfin quand je parle de nouvelles c'est un bien grand mot : « elle va bien ». Tu parles d'un scoop, il ne faut pas oublier qu'il n'y a que deux options lorsqu'on appelle une structure médicale pour s'enquérir de la santé d'un proche : « le patient va bien » ou « il va falloir être fort ». Mais qu'importe, le truc a fait le putain de buzz de merde et voici une pisseuse et un simplet catapultés au firmament de la célébrité en deux secondes. Comme beaucoup d'autres extraordinairement niais de leur trempe avant eux.

Le buzz, le sacro-malsain du nom, et un sacré coup de pub pour cette radio à la con. Buzz et Pub, les deux fondements du siècle, du monde... Et vas-y qu'on diffuse en boucle le fameux canular pour bien montrer qu'on sait se servir d'un téléphone en dépit de notre handicap mental, qu'on fait monter la sauce jusqu'à ce qu'elle nous sorte par les trous de nez en mousse épaisse coupée à la bave de charogne. Parce que ça n'avait l'air de rien, on avait conquis le monde avec deux demeurés à la coule pour pas très cher, c'est un jeu auquel tout le monde joue tout le temps, c'était notre tour de tomber sur le numéro gagnant.


LIBERATION – 7 décembre 2012



L'infirmière victime d'un canular sur Kate Middleton est décédée


Elle a été retrouvée sans vie dans un local proche de l'hôpital. Le lien avec le canular n'est pas établi...


À suivre...

30.10.12

LA BOURSE SANS LA VIE

Effroyables processions de hussards de la demi-mesure & le siècle a de toute façon déjà pris le contrôle à moins que...


Halloween me fout les jetons, me les fout vraiment. Et pas seulement parce que ce déferlement de mioches déguisés à la va-vite me donne l'impression d'être sur le mur Facebook d'une toute jeune maman qui ignore que sa vie continue encore après la ponte. Une gerbée soudaine de trognes lisses lâchées hurlantes à la tombée de la nuit, ignorant que derrière une porte se cache un type capable des pires saloperies si on tente de lui soutirer la moindre miette de Dragibus.

Non, si cette fête me noie sous une chiasse de colère à peine retenue, c'est qu'elle réveille chaque année les rebelles faciles, les jamais assez goinfrés de revendications pas chères. Tous ces mous de la révolte qui se dressent guimauve au poing et récitent du Damien Saez en pensant faire œuvre de purification des pauvres consciences souillées par la mon Dieu quelle horreur société de consommation. Ils seront encore là en cette veille de Toussaint, avachis sur leur canapé Ikea en regardant le JT de TF1 sur leur écran plasma, je peux déjà les entendre : « hors de question, tu m'entends, moi vivant mes enfants ne participeront jamais à cette FÊTE COMMERCIALE »... On y est. Plein dedans. Ce fête commerciale, là, c'est devenu au fil des ans la plus carabinée de mes innombrables phobies, peut-être plus encore que la phobie de mon prochain, c'est dire. Il débarque partout, Saint-Valentin, Noël, Fête des mères... Et comme souvent chez ces bons soldats de l'indignation bon marché, ça reste la meilleure façon de cacher une réalité qu'il ne faudrait pour rien au monde avoir à assumer.

Et ils ne se contentent pas de foutre des tas de boue d'opprobre à chaque - putain ça me glace vraiment le sang - fête commerciale, mais protestent à chaque changement d'heure d'été d'hiver ou tout ce que vous voulez, appellent Bourdin tous les matins pour expliquer en quoi l'insuffisant débit de parole de François Hollande le place de facto dans la catégorie des mauvais présidents. Avec Sarko, au moins, on n'avait pas le temps de se rendre compte qu'on allait nous faire avaler des trucs louches, comprenez bien.

Et là, après une demi-page de phrases dégénérées qui ne servent à rien, on touche au cœur du problème. Cette frange immense de la population est en quelque sorte la classe moyenne de la conscience. En effet ces gens-là se situent très exactement entre les éclairés et les proies faciles, ni franchement clairvoyants ni incurablement dupes... Ils évoluent dans une mélasse brouillonne le plus clair du temps et n'ouvrent les yeux qu'au moment où on leur fout les trucs sous le nez, préalablement bardés de néons extravagants.

Il suffit de les observer un poil attentivement. Il y a de tout. Des célibataires qui refusent par conviction « profonde » d'offrir le moindre cadeau pour Noël mais s'empressent de courir au Carrefour du coin pour acheter le tout nouveau Vivelle Dop fixation blindée, quitte à jeter un pot à moitié plein de l'obsolète fixation béton. On trouve aussi de jeunes trentenaires lookés à l'alter qui préféreraient crever plutôt qu'emmener leur copine au resto le 14 février, mais seraient capables d'acheter des sacs entiers d'amiante si on leur collait un joli BIO sur l'étiquette. Et demain, 31 octobre de l'an mort-vivant 2012, un tas de farouches opposants à cette invasion yankee d'Halloween dégaineront leur iPhone et revendiqueront sur Facebook leur entrée en résistance. Allons enfants de l'an 2000, prenez-nous la vie, épargnez nos bourses. Laissez-nous juste un reste de sang, même impur, pour croire que notre cœur bat encore un peu.

Ce sont quelques raccourcis faciles chiés par un esprit recroquevillé dans sa confusion, certes, mais ils traduisent ce besoin bien à nous de clamer notre incrédulité entre deux bouchées de couleuvres bien grasses. Car il ne faudrait pas oublier que l'armée des manieurs de cerveau (politiques, économistes, commerciaux, publicitaires, jeanpierrepernauts) est un régiment surentraîné qui sait très bien ce qu'il fait. Et lorsqu'il vous montre grossièrement comment il va essayer de vous faire avaler un trop gros gâteau, il sait que vous n'allez pas vous laisser faire. Pire, il vous prend la main pour vous guider vers l'insoumission. En flattant votre vigilance il endort votre méfiance. La suite, vous la connaissez, mais vous ne la remarquez même pas, hein...

S'ériger en Front de mes deux dès qu'un rapace s'approche trop près de notre pognon ne sert à rien, ça l'excite. Non, il suffirait de revenir à un peu plus de sauvagerie brute, agir selon nos instincts, choisir de fêter ou non quelque chose à la seule lumière de l'intérêt que ça éveille en chacun de nous. Ça mettrait comme un relent dégueu de révolution dans les narines de la bête. Ne surtout pas foutre notre cervelle dans le portefeuille. D'autres reçoivent des chèques à six chiffres pour s'en charger.

That's all fucking folks...

23.10.12

FEAR AND LOATHING IN LA RUBRIQUE LIVRES

Quelques morceaux de plainte tragique à travers trop de mers trop calmes & pas même un messie déglingué pour foutre un brin de houle là-dedans.


Cette année encore, la rentrée littéraire a dégueulé ses quintaux de phrases (souvent) à tort et (pas assez) à travers. Un peu plus de 600 romans comme d'hab, soit une grande foire au sacrifice d'environ 550 bouquins autodafés à la franche. Et comme chaque année à la même période, j'ai naïvement espéré trouver la voix qui allait me retourner et finir le festin jusqu'au dernier os. Et comme chaque année, je finis par me demander si elle existera un jour, cette voix brutale pleine d'odeurs de tranchées.

Combien de fois des bien peignés à lunettes m'ont demandé quels étaient mes auteurs fétiches, avec dans les yeux cette lueur qui murmure dis-moi Proust ma petite cochonne, prononce de Montherlant avec tes lèvres épaisses de petite traînée latino... Ouais, pas facile de leur servir des Kerouac avinés et des Bukowski crasseux à tous ces mendiants de beaux subjonctifs couverts de soie. Alors on la joue plutôt Jacques Martin, genre impossible d'en détacher un tellement la liste est longue. Balzac ? Non j'suis encore un poil trop alerte pour aller me faire chier en charentaises devant la cheminée... Bon tu passes pour l'inculte refoulé de la soirée et le mec va promener sa raie sur le côté vers d'autres raies bien rectilignes et perpétuer l'excellence. Sans mèche qui dépasse...

Certes, il m'est arrivé de causer Hunter S. Thompson, Kerouac ou Djian avec l'ardeur d'un présentateur d'émission littéraire sur France 2, quand l'alcool se démerdait pas trop mal, mais en général les types t'écoutent poliment comme si tu leur parlais de Guillaume Musso ou d'Amélie par pitié Nothomb. Ce pauvre con qui ne connaît rien aux belles lettres bien propres sur elles, quel manque de respect pour l'héritage des Lumières... T'aurais presque envie de leur répondre : pourquoi t'as l'air si lugubre alors ? A quel moment t'as décidé de la perdre, ta lumière, vieux ?

Sauf que tourner avec trois quatre auteurs, pour la plupart morts, ça peine à assouvir mon appétit de lectures aiguisées au tranchant. Ainsi donc je fonde d'insensés espoirs sur chaque rentrée littéraire qui passe, tous ces inconnus qui débarquent jetés au front au milieu des Angot, des Levy, des doux Jésus J.K Rowling ou de toute la horde ramollie des éligibles au Goncourt. Et il y en a bien assez pour se mettre à croire au miracle à chaque fois. Merde, il y en aura bien un dans le tas qui viendra bardé de phrases qui brutalisent, remuent, valdinguent et vous envoient foutre une bonne fois pour toutes vers un coma certain. Les critiques littéraires, eux, ces bons soldats de Gallimard and co, en rajoutent une couche en dénichant sans arrêt la voix qui détone dans le paysage, le coup de fraîcheur, le nouveau j'sais pas qui... Tu y crois dur comme fer, et tu t'aperçois très vite que c'est toujours la même recette putain de fade qu'on te sert dans une vieille assiette daubant le placard rance.

Par chance, l'Amérique vient à la rescousse avec ses Easton Ellis, ses Coupland ou ses gigantesques Franzen, mais va parler de ces types-là en soirée. Puis comprenez bien, quand j'ai passé trois plombes à expliquer le principe du journalisme Gonzo à l'imprudent qui veut faire causette, je n'ai plus assez de batteries pour recommencer avec d'autres mauvais garçons de la bafouille US. En fait, je rêve juste de pouvoir une fois seulement discuter d'un auteur que mon interlocuteur connaît aussi, si ce n'est pas trop demander. De préférence un auteur qui viendrait exploser sans cérémonie ni pitié à la face trop lisse de la littérature made in chez nous, assez pour que l'onde de choc n'épargne personne, pas même la quadra biberonnée au Sophie Kinsella.

Mais je crains fort que les temps ne soient pas à la pure déglingue, et même très loin de l'être. Crise oblige, on continuera de s'empiffrer de rêves faciles et de foutues « lectures-détente » jusqu'à ce que toutes ces sucreries surcalorisées finissent en une gigantesque partouze d'embonpoint à psychanalyser sur un divan Louis peu importe combien. De mon côté, j'avalerai encore toutes les promesses faciles de toutes les Nelly Kaprièlian du monde en attendant ce messie fracassé dont chaque phrase suintera la volonté de raser tout ce qui se dresse encore sur la carte. Je sais qu'il se cache quelque part, l'enfoiré, guettant son heure et fourbissant les crocs, ignorant qu'il existe au moins un cinglé déjà prêt à se le prendre de plein fouet dans le buffet.

That's all fucking folks...

6.10.12

L'ARGENT N'A D'AUTRE ODEUR QUE NOS RIVIERES DE BAVE & LA VERTU REFOULE DES MASSES

Les handballeurs montpelliérains écrasent la discipline depuis une bonne quinzaine d'années dans le pays. Championnats en pagaille, médailles d'or en veux-tu en voilà, il reste un peu de Jeny Priez je vous le laisse c'est cadeau ?

Ils ont fini par atteindre le sentiment d'être invulnérables, à un point tel que la décision de gagner ou perdre un match, à la fin, dépendait de leur seule volonté. Ils avaient les clés, tout le putain de trousseau, et l'adversaire en face n'avait qu'à attendre qu'on lui dise où se mettre sans la ramener. Et il ne le restait jamais bien longtemps, en face. Ça se passait comme ça pour ces « sans cesse champions » et cette histoire de paris un peu louches n'est que le seul terminus contre lequel ils pouvaient aller se faire plier la carlingue dorée. Quand tout devient trop facile, on finit par ne plus prêter attention aux barrières. Peu importe que la barrière ressemble à une falaise écorchée avec une mer déchaînée trois kilomètres et demi plus bas. Qu'elle aille se faire foutre y a pas marqué Philippe Mexès.

Fatalement, certains ont voulu s'offrir un petit rabe de gâteau. Car le handball est actuellement le sport qui rapporte le plus de titres de gloire à la France, et ça commence à générer un bon paquet de pognon cette affaire. Il s'agit bel et bien d'un gâteau plein de bonne crème dégoulinante et ce qui se passe là, c'est que quelques goinfres s'en sont foutu partout sur le survet, et on a eu beau passer le truc à l'Ariel, rien à faire. Et les trop repus de vertu se sont soudain mis à la dégueuler un peu partout autour de la table. Mais le plus dérangeant, c'est que tout le monde semble avoir oublié qu'à l'ère de la thune et des combines qui vont avec, le seul crime est de se faire gauler, et vous pouvez lire tous les journaux (je ne parlerai même pas du dernier bastion de racolage encore légal que constituent les JT), personne n'osera dire que la seule faute de ces athlètes et de leurs complices est d'avoir été pris la main dans le sac. Présomption de rien du tout qui vaille.

La façon dont les handballeurs ont été jetés en pâture comme de vulgaires chicanos détrousseurs de vieilles péruviennes en dit long sur le malaise qui nous obsède tous. Cette soif immodérément baveuse de sentir un sacré poids de caillasse dans le porte-monnaie et la jalousie haineuse que ça entraîne si le voisin choisit d'en exhiber un bon paquet. Et si ledit voisin essaie en plus de retourner en sa faveur tout le système à sa disposition, ça devient carrément infâme n'est-ce pas ? Oui, ces sportifs honteusement couverts de gloire à qui tout réussit ont tenté d'abuser des quelques sirènes qui leur chantaient sous le nez. Mais il ne sont en fait que les produits bruts, ou plutôt la proie définitive du hameçon surchargé de bonne barbaque 18 carats qu'est devenu le siècle.

OK, toute cette merde de petits arrangements et de tricheries grossières n'est pas forcément justifiable dans l'absolu, mais quand l'absolu se change en bâfrerie décadente seuls les plus immoraux survivent. En plein dans une époque qui nous impose l'argent comme seule échelle de valeur un tant soit peu valable, essayer d'en attraper un peu au « vol » n'est plus un délit mais une capacité d'adaptation à son environnement plus développée que la moyenne. Et la seule raison pour laquelle nous ne nous y sommes pas tous mis, c'est qu'on n'a pas tous la combinaison du coffre. Qui refuserait d'aller remplir une grille d'Euromillions si on lui laissait au préalable la possibilité de voyager dans le temps jusqu'au prochain tirage ? La réponse risque d'être rudasse à formuler pour tous les mollardeurs faciles.

Et si, finalement, cette affaire exploitée jusqu'à l'indigeste qui a tant remué les bonnes consciences autoproclamées n'était que la nécessaire absolution de nos propres pourritures bien cachées dans le fond ? Une façon bien habile de faire diversion et de cracher un trop plein de bile pour vidanger nos bien peu appétissants égouts. On pourra dire que j'exagère, mais je n'ai pas beaucoup d'aptitudes en magasin, et l'une d'elles est de démasquer les faux-semblants de mes contemporains malgré toutes les épaisses couches de sourires bienveillants qui leur servent de bien pratique carapace. Ce qui vous paraîtra sans doute décousu et influencé de désenchantement est pour moi limpide comme de l'eau passée au filtre éclaircissant Photoshop. Je ne vais pas essayer de vous convaincre, mais seulement vous enfoncer une petite graine dans le temps de cerveau disponible. En priant pour que de la bonne vieille mauvaise herbe pousse là-dedans. Pour votre bien. Et le mien.

That's all fucking folks...